Nos années folles – A.Téchiné

Si je suis souvent longue à choisir un film en passant de longues minutes à inventorier les bandes annonces du moment, il m’aura fallu moins de 2 minutes pour me décider pour foncer voir Nos années folles, sorti le 13 septembre dernier.

Le synopsis

 » La véritable histoire de Paul qui, après deux années au front, se mutile et déserte. Pour le cacher, son épouse Louise le travestit en femme. Dans le Paris des Années Folles, il devient Suzanne. En 1925, enfin amnistié, Suzanne tentera de redevenir Paul… »

Une histoire vraie

Vous l’aurez compris : Paul se travestit pour survivre.
J’ai été touchée par la dualité du personnage : tantôt Paul, tantôt Suzanne, il reste l’homme que Louise aime. Ensemble, ils traversent toutes les épreuves de ce changement de vie : le refus d’abord, puis la résignation, l’acceptation, l’habitude etc.

Mais rapidement leurs vies vont devenir si différentes : elle travaille le jour, lui sort au Bois le soir. Pendant le film, j’ai été frappée par l’image de Paul, habillé en Suzanne, réveillant sa chère au petit matin. Sans sa perruque, il reste dans l’entre-deux : mi homme-mi femme en 1 seul corps. Son attitude tendre et protectrice envers elle à ce moment évoque encore sa masculinité, une dernière bribe avant de perdre pied.

Suzanne vient en effet prendre de plus en plus de place dans le couple : la prostitution, les fantasmes… Louise ne le suit plus mais ne dit rien, par amour, ou par culpabilité peut-être? Elle le voit heureux, épanoui, tandis qu’elle se recroqueville, s’enferme. Se met en place une forme d’aliénation amoureuse qui se mue peut à petit en oppression, jusqu’à faire imploser le couple.

Un sujet qui fait échos

Si le travestissement a souvent fait l’objet de fantasmes cinématographiques, rarement la valse des sentiments qu’il provoque n’a été autant mise en lumière. La question de l’identité des genres est au cœur du scénario. Peut-on retrouver sa personnalité masculine 10 ans après ? Le veut-on d’ailleurs? La personnalité change-t-elle autant que cela? Peut-on rester le même au fond, que l’on soit vêtu de telle ou telle façon? Toutes ces questions sont suggérées au spectateur qui se voit alors projeté dans des réflexions aussi philosophiques que concrètes en sortant de la salle.

Ce film m’a d’autant plus parlé que j’ai été confrontée à ce sujet de près. Je savais depuis toujours son expérience dans la peau d’une femme, sa volonté de se rapprocher d’elles au plus près pour les comprendre au mieux. Mais son expérience s’était réalisée bien avant que je le rencontre, ces envies semblaient lui avoir passé. Je suis restée longtemps dans une forme d’admiration, jusqu’au jour ou le sujet est revenu sur le tapis : cette fois cela nous concernait nous deux.
Etrangement, j’ai beaucoup moins sourit sur l’instant, la première question qui me frappait était justement cette question de personnalité. Serait-il le même au quotidien, avec moi? Et pourquoi repartir sur ces questionnements, lui manquait-il quelque chose?

Cela m’a pris plusieurs semaines pour « encaisser » la nouvelle. Et d’entrée de jeu, c’est le rejet qui a été ma première réaction : il fallait que je me protège. Mais se protéger de quoi? Je ne pouvais pas lui reprocher  l’amour de la féminité alors que moi même j’adore cela (voir l’article à ce sujet) ? Décemment non. Je ne pouvais pas le priver de ces plaisirs, et ne vivant pas ensemble, je pouvais savoir mais ne pas le voir. Une forme de déni assumé mais pas plus sain pour autant. Mais c’était là encore, une étape de passée. Tout comme Paul dans le film, lui aussi a commencé à entrer dans une progression dans son travestissement. De quelques accessoires, il a commencé à acheter, à chercher, à améliorer pour atteindre sa notion de la perfection, jusqu’à la rendre publique, mais toujours sans moi et dans des cadres spécifiques.
Nous avions franchi un nouveau cap, celui où j’étais exclue de son plaisir. J’ai alors eu la sensation ambiguë de ne pas pouvoir partager un de ses plaisirs, d’en être privée alors même que je ne voulais pas y être jointe. Ce n’était pas tant la peur du regard des autres, dans le monde de la nuit, cela n’est pas si choquant. Non, c’était toujours bel et bien une question de personnalité, savoir comment me comporter avec ce lui/elle que je ne reconnaissais plus. Il a eu la décence de ne jamais rien forcer, de ne pas imposer le sujet. La porte était toujours ouverte aux questions, commentaires, remarques, mais c’était à moi d’évoquer en 1er le sujet. Alors je me suis longtemps murée dans le silence, jusqu’au jour ou un nouveau sentiment est arrivé, et qu’il a fallu lui en parler.

La jalousie. Pour la première fois, dans notre couple, j’étais jalouse d’une autre. Sauf qu’ici, l’autre en question n’était pas une quelconque bimbo connue en boîte, non : c’était elle/lui.-même Il fallait voir la vérité en face : son côté femme était une bombe une fois apprêté. Sa vision de la femme parfaite était là, sous mes yeux : et je n’étais rien de tout cela. La claque fut immense : non pas que je n’étais pas au courant mais la frontière entre savoir et voir est toujours un cap.
Et un jour, j’ai réussi à lui en parler, à débriefer, il le savait déjà, s’en doutait et ne pouvait rien y faire pour autant. Alors que faire une fois les rideaux tombés?  Vivre avec et aménager. Mettre des limites là ou il est encore temps et ne pas le brider. Il n’était pas question de finir comme Louise, de finir oppressée au point de (spoiler aller) le tuer. Nous avons donc décidé que je rencontrerais pas cette partie de lui, à part en photos, si je le désire. La discussion est toujours permise et la communication maintenue.

Et puis il faut relativiser : si je ne peux pas me battre contre cela, autant en faire un sujet d’ouverture. Au moins, dans notre couple, les sujets féminins ne sont jamais tabous. On peut parler chaussures et make-up sans que quiconque soit lésé. il comprend mieux que n’importe quel autre mâle ce que porter des talons de 17cm toute une soirée signifie. Jamais aucune remarque sur le temps passé dans la salle de bain, jamais une critique sur un sac à main comportant 6 rouges à lèvres différents.

Parfois, il faut le reconnaître, ça a du bon, et bien des hommes devraient se pencher d’avantage sur ces questions, mais c’est un autre sujet…

Juste la fin du monde, X.Dolan : le film qui m’a coupé le souffle

Cela m’a pris comme ça. Un samedi pluvieux d’automne, je suis allée au cinéma pour voir le dernier Dolan. Pas spécialement fan du réalisateur à la base…
Un souvenir étrange de Mommy et une bande annonce intriguant ont eu raison de moi. J’ai enfilé jean et baskets et me suis réfugiée dans mon cinéma favori.

Le synopsis

« Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.
Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude. »

Une B.O envoutante

Alors qu’on se le dise, la BO m’a transporté au point où elle tourne en boucle depuis quelques semaines. Moby, Camille et même Ozone… Subtil mélange de nostalgie et de mélancolie : il ne m’en fallait pas plus pour créer une nouvelle playlist Deezer !

Mais de toutes les musiques, Une Miss s’immisce (Exotica)  restera. Cette chanson me hante littéralement depuis la projection. Elle est hors du temps, iréelle et magnifique.

Elle représentera toujours pour moi les moments de Juste la fin du monde où j’ai fini les larmes aux yeux mais avec un grand sourire aux lèvres. Toute cette nostalgie, ces flashbacks heureux que Dolan illustre magnifiquement bien m’ont beaucoup touchée ; j’avais envie de me raccrocher à eux comme à une bouée, que jamais ils ne finissent.

Dès les premières notes, j’ai de nouveau la gorge nouée, les yeux dans le vide et je me sens apaisée.
J’ai été une des premières à sortir de la salle : un besoin urgent de respirer et de m’asseoir. J’ai trouve un banc et j’ai recommence à pleurer. Puis je me suis levée, et pendant plus d’une heure le silence dans ma tête a résonné. J’ai commencé à écrire pendant des heures, pour « exorciser » toute cette prise de conscience humaine.

Bref, si vous ne l’avez pas encore fait, foncez regarder ce film !